Otala


C'est le village dont Sosthène est originaire. Il se trouve au nord de Franceville, à environ 2 heures de route, en pays Obomba. En langue, le nom signifie "comptabilité", pour insister sur le grand nombre d'habitants du village. Aujourd'hui, la population n'est pas très impressionnante, mais c'est tout de même un regroupement de 5 villages.

Nous y sommes passés deux fois pour rendre visite à Sosthène. 


21-22 mai 2005

22 mai

Vincent (un pote de Douai) et moi partons rejoindre Sosthène à Otala, ce qui me permettra de le revoir pour une des dernières fois, et qui permettra à Vince de découvrir la vie au village. Nous logeons chez Délago, le vieux chef du village de Entogo, un des 5 qui forment Otala. Toujours aussi agréable. Bons repas avec toutes les spécialités du Haut Ogooué, petite fête le soir (Sosthène est incorrigible !), discussions avec le chef...

22 mai

Le matin, nous suivons Eder en forêt. Forestier sauvage (je veux dire par là qu'il coupe des arbres et les débite en planches et chevrons - à la tronçonneuse ! - au milieu de la forêt sans autorisation ; mais bon, la forêt est quand même avant tout aux villageois), il est spécialiste de la forêt. Avec lui, nous nous baladons. Il nous montre où trouver des bambous, fruit mi-sucré, mi-aigre qui ressemble à beaucoup d'autres de la région, il nous apprend à poser un piège.

C'est déjà l'heure du départ. Nous voulons rentrer avant la nuit. Adieux à Sosthène et route du retour.


9-10 avril 2005

10 avril

Sosthène nous a invités à venir le rejoindre dans son village Otala où il s'est retranché pour attendre tranquillement la fin de son sursis. Là, au moins, il ne risque pas de faire une gaffe. Nous mettons un peu de temps à nous mettre en route. Le temps de nous lever, de nous préparer, de récupérer Alice et Stevy, son copain français qui vient d'arriver pour lui rendre visite. Les deux heures de route nous font parcourir une centaine de kilomètres. Ca change vraiment de se trouver sur une vraie route qui roule ! On n'est plus sur les plateaux avec les 10 km/h de moyenne ! C'est une route toute neuve, dans la belle région du président de la république...

Nous arrivons vers 13h30 à Otala, où nous n'avons pas trop de mal à retrouver Sosthène parmi les 200 habitants (maxi). Il est en pleine forme. Ca fait plaisir à voir. Nous passons l'après midi à discuter, faire le tour du village, nous baigner à la rivière pas très loin. Le soir, Sosthène nous abandonne pour aller préparer on ne sait pas trop quelle soirée. Il revient à temps pour goûter la sauce aux feuilles de manioc, l'oseille-sardine et le manioc de la femme de Malick (notre hôte officiel de ce WE, le cousin qui cherche à évincer Sosthène à la tête de la famille). Quand nous sortons de la maison, les gens ont commencé à venir. Sosthène voulait une fête pour ce soir. Il a réussi à réunir tout le village. Comme partout, le village est déchiré par des disputes entre les gens, surtout entre ceux qui ont un peu d'importance. Otala est un regroupement de 5 villages. Ca veut dire qu'il y a 5 chefs, un chef de regroupement, un sénateur (puisque le village est un peu important), des notables... Il y a des chamailleries dans tous les sens, pleins de gens qui ne peuvent pas se voir. Mais le temps d'une soirée, Sosthène a réuni tout le monde. Cela fait 10 ans, aux dires de tous, qu'il n'y a pas eu un rassemblement pareil.

Les musiciens commencent à frapper le tam-tam, les femmes chantent, les gens dansent, la vieille tante aveugle de Sosthène sourit à nous faire vibrer d'émotion. Le village est uni, ce soir. Le chef prend la parole, il demande à Papa Léon de passer son déguisement.

Nous en apprenons un peu plus sur le Ndjobi. C'est une secte puissante qui a été créée il y a 50 ou 60 ans. A l'époque, les gens se chamaillaient violemment et plus personne n'arrivait à canaliser les colères et les disputes de la population. Les anciens se sont donc réunis et ont trouvé la solution, le "médicament supérieur". Il ont choisi une dizaine de commandements à suivre. Quiconque ne les respecte pas est destiné à subir le Ndjobi, un esprit supérieur. Quand quelqu'un vole un gibier pris dans le piège d'un voisin, il doit avouer sa faute. Sans quoi, il va infailliblement se retrouver malade ou même mourir. S'il confesse son péché, les initiés du Ndjobi peuvent faire une cérémonie pour le sauver. Ils se réunissent en forêt, puis reviennent au village, avant de repartir dans la forêt. Le fauteur survivra. La partie du rite qui se déroule dans le village peut être vue par tout le monde, elle prend un aspect festif auquel même les non initiés peuvent prendre part. On peut même faire venir les danseurs et musiciens n'importe où pourvu qu'on prévoit un budget assez large pour payer à boire en abondance à tous. Cette secte, ou ce rite, est parti du village d'Otala, mais il s'est répandu dans tout le Haut Ogooué, et même dans tout le Gabon. Certains bruits ont même couru un moment qui voulaient que le président choisisse des gens initiés du Ndjobi pour des postes-clés, pour être sûr qu'ils se respectent entre eux et respectent leurs commandements. Cette secte autrefois puissante est aujourd'hui tombée en désuétude. Il y a toujours un chef du Ndjobi, Papa Léon en ce moment. Cet homme a hérité de pouvoirs surnaturels. C'est l'homme le plus puissant du village. Mais pas le plus important, loin s'en faut. Très peu de gens continuent à être initiés.

Danse Njobi

Pour nous ce sera surtout l'occasion de voir une fête superbe, avec deux hommes majestueux habillés en costume de cérémonie. Un événement rare, les fêtes du Ndjobi sont peu nombreuses, encore moins devant les chefs d'Otala qui l'acceptent plus ou moins. Papa Léon, le chef, a près de 60 ans. Mais il danse seul pendant 3h sans discontinuer. Et cette secte n'utilise pas de produits stimulants, contrairement à d'autres ! Il a gardé la forme ! La fête s'achève vers 3 heures du matin quand ni lui, ni les musiciens ne sont plus capables de continuer. La vieille tante aveugle est encore là, des souvenirs plein les rides.

10 avril

Lever tardif (9h30). De toutes façons, il pleuvait, pas le peine de se lever ! Petit déjeuner chez le chef de Ntogo (un des 5 villages d'Otala). Son fils est là, il discute beaucoup. Il voyage souvent en France, nous comprend et sait nous intéresser. Puis nous cherchons à faire une ballade en forêt. Le départ tarde, et finalement, nous ne partons qu'un peu avant midi. Nous commençons seuls (enfin, à 5 quand même). Nous marchons sur une route forestière tracée par la CEB. Une compagnie qui a signé tous les accords sur l'exploitation durable. Eh bien, le mieux serait d'économiser ce papier. Les routes sont énormes, très larges, la forêt est dépouillée. Il parait que le gibier, affolé, approche de plus en plus des villages où il se fait décimer.

Malick et un villageois nous rejoignent en voiture et nous emmènent. C'est eux que nous attendions. Nous parcourons une quinzaine de kilomètres au milieu de la forêt ravagée. Ce qui met les villageois le plus en rogne, c'est que les routes perpendiculaires sont bloquées par des troncs. La compagnie exploite leurs terres, mais ne les laisse pas profiter des routes pour aller chasser !

Finalement, nous nous arrêtons et nous allons marcher sur une autoroute. La végétation commence à revenir, mais avant que des arbres comme ceux qui sont couchés tout le long soient à nouveau droits et fiers, il faudra du temps. Nous sommes à la recherche d'animaux. Nous pour voir, Malick et son compère pour manger. Sosthène, végétarien, nous montre les fruits et les baies qu'il connaît. C'est un gars de la ville, mais il connaît quand même pas mal de trucs intéressants (pas dur de nous apprendre des choses dans ce milieu !). Quand nous avons fini, nous repartons avec la voiture. Malick nous dépose au bord de la route, 5 km plus loin, près d'arbres fruitiers, pendant qu'il retourne chercher le chasseur qui a disparu. Nous récupérons les fruits. Ce sont des Poumboulous. Un peu comme des fruits des plaines en plus gros, si vous voyez ce qu'on veut dire... Plutôt bon. Mais le chasseur a dû partir bien loin, les heures passent. La voiture revient enfin, mais la nuit tombe déjà. Demain, on travaille. Nous ne perdons pas de temps. Le temps d'avaler un peu de nkoumou-gazelle, de manioc et d'oseille-sardine, et c'est l'heure des au revoir. A Papa Léon (qui a enfin fait goûter le toutou des femmes à Céline [le toutou, c'est le vin de palme, dans lequel on ajoute du bois amer... donc c'est très amer et Céline n'apprécie pas trop. Mais le toutou des femmes, c'est quand on n'a pas encore ajouté le bois amer]), puis au chef de Ntogo. Nous finissons par Sosthène, bien triste de nous voir partir. Quand nous le reverrons, ce sera pour l'aider à préparer son départ. Au Gabon, il n'attend plus rien. Il veut voir ailleurs maintenant et partir vers l'Afrique de l'Ouest.

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