Même si là, c'est à peu près fini, c'est quand même ce qui m'aura pris le plus de temps au Gabon jusqu'à maintenant !
Finitions du camp Ntsa et de ma participation dans les projets du parc
Je rentre aujourd'hui au parc, théoriquement pour la dernière fois. Le Parc traverse actuellement une période de crise : la rentrée budgétaire américaine se fait en juillet (il me semble). Donc Romain, qui gère ce budget, vient d'apprendre que son budget pour la période juillet 05-juillet 06 a été amputé de beaucoup. Il perd 1/3 de son argent, et il n'en avait déjà pas beaucoup avant. Comme j'ai bien travaillé... eh bien, il ne reste plus rien à faire ! L'équipement est maintenant suffisant pour que les équipes puissent travailler sur le terrain dans des conditions acceptables. Il n'y aura pas de nouvelle construction cette année. Quant aux autres projets, Romain n'aura pas de quoi les financer non plus. Le monitoring socio économique du parc s'arrête, le monitoring écologique poursuit pour quelques mois au ralenti (arrêt prévu en juin), l'éducation environnementale continue avec un budget suivi de très près, l'antibraconnage n'est pas touché, puisque financé par le PPG. Gros coup de frein, donc. Et pour moi, pas de solution si je ne me débrouille pas tout seul. Comme je veux encore tenter ma chance une dernière fois pour travailler autour du parc, je me suis lancé dans des demandes de financement en France pour un projet d'écomusée et dans un partenariat avec un grand de la construction écotouristique pour l'implantation d'un écolodge dans le parc. Nous verrons bien...
Toujours est-il que j'ai eu un contrat officiel pour travailler aux mois de juillet et août, et que la visite de papa et maman a repoussé l'échéance de mon contrat de deux semaines. Je rentre donc pour être tout à fait correct avec le papier que j'ai signé. Même si je ne suis pas sûr d'escroquer réellement le parc si je n'y retourne pas !
Ma dernière mission de construction, donc, consiste à régler les derniers problèmes du camp Ntsa : installation du groupe électrogène dans un abri adapté, installation de la radio HF (avec une antenne dépliable), mise en place des cloisons, reprise de l'étanchéité des murs (baguettes sur les jours entre les planches), portes, moustiquaire et auvents dans la maison des travailleurs, moustiquaire et porte dans la réserve derrière la maison de Stéphane. Ca devrait m'occuper 9 jours (durée que je dois encore faire), avec un villageois pour me tenir compagnie (et porter mes planches à l'occasion !).
12 septembre
Bon, finalement, comme d'habitude, les choses ne se sont pas passées comme prévu ! Le groupe électrogène est tombé en rade le premier jour ! Du coup, moi qui avait prévu de faire du boulot tranquille à la scie circulaire, j'ai été quitte pour retravailler avec ma bonne scie égoïne. Et forcément, tout le travail de sciage en long a du être reporté. Je ne me vois pas trop couper des centaines de mètres de baguettes, en long, à la main ! Pour le reste, j'ai fait tout ce qu'il était possible de réaliser : abri pour le groupe électrogène, installation électrique, installation de la radio HF et de son antenne, plancher pour le MAMBA (le bateau), cloisons intérieures de ma maison, et même terrasse devant ma maison. Le tout en ne me fatiguant pas trop trop, puisque j'ai fixé comme règle à mon villageois (Aristide, très bien, quoique pas très malin, avec qui je bossais pour la première fois, puisque ni Alain ni Alfred n'étaient à Saye à mon passage) que nous ne travaillerions pas pendant les heures chaudes de midi à 15 h. Il faut dire que la saison des pluies reprend, et il commence à faire chaud pendant ces heures. Comme nous n'avions pas trop de travail, pas la peine de suer pour rien ! Les portes ne sont donc pas finies, de même que les baguettes pour l'étanchéité. Le reste est prêt.
Aujourd'hui, je quitte le Ntsa en profitant d'une voiture qui ressort l'équipe monitoring (qui ne reviendra bientôt plus non plus) et Romain qui avait été visiter une partie du parc. Comment fait-il pour réussir à faire du tourisme dans le parc alors qu'il n'a plus de quoi payer quoi que ce soit ? Il est très fort, voilà tout.
Et ce soir, repas à la 5ème Dimension avec Nico, qui vient de sortir du parc, et que je n'ai pas vu depuis quelques semaines. Ca dure bien longtemps. Fallait qu'on parle. Et puis Adiss et Martin sont passés.
Début
décembre
Finalement, il était écrit quelque part que je devrais passer une dernière fois au parc pour lui faire mes adieux. Comme le groupe électrogène était tombé en panne la denière fois, je n'avais pas pu finir ma mission. Je suis donc retourné dans le parc, tout juste pour fignoler les derniers détails.
Ca fait assez bizarre, d'ailleurs, parce que comme les budgets ont fondu, il ne reste presque plus d'équipes dans le parc et donc le camp Ntsa ne sera probablement pas utilisé. Je mets donc une touche final au plus beau camp fantôme du Haut-Ogooué.
Comme je suis venu juste au moment des élections, je ne peux pas recruter de petit pour m'aider. Je n'y tenais pas particulièrement non plus, il faut dire. J'arrive au camp Ntsa où je reste seul, avec de la bouffe pour deux (au moins), un téléphone, un bateau, je ne me sens pas particulièrement en danger. Et ce n'est que pour 5 jours.
Je suis installé comme un roi. Je travaille sérieusement, à mon rythme, me repose pendant les heures les plus chaudes. Je prends mon petit déjeuner devant la case de Stéphane, à côté d'un bon petit feu, en regardant la rivière. Je ne pouvais rêver mieux !
Hélas, tout bon moment à une fin. Quelques jours plus tard, la maison a des portes, des verrous et les façades exposées au vent et à la pluie ont des lattes pour renforcer l'étanchéité. Bonne mission, avec un peu beaucoup passionnément d'abeilles, surtout à la fin quand elles avaient compris où me trouver.
Je suis ressorti seul avec Félix, un petit pincement au coeur en voyant s'éloigner le parc.
Un nouveau camp : le camp Mbié
4 août
Retour à FCV après ma mission bois au parc. Ca s'est plutôt bien passé.
Objectif de la mission : convoyer le bois que la voiture a déposé la semaine dernière au débarcadère jusqu'au camp Mbié. Oui, finalement, le camp des écogardes ne s'appellera pas camp Mboua (du nom de l'ancien village proche), mais camp Mbié (qui signifie canyon en téké). Seul moyen d'accès : le bateau. J'ai donc engagé un piroguier, et là, problème. Romain m'a dit d'embaucher l'ancien piroguier du PPG. Sauf que s'il ne bosse plus pour eux, c'est parce qu'ils sont très fâchés avec lui. Donc le temps de la mission, je dois me débrouiller sans l'appui du PPG. Ca veut dire entre autres que je n'aurai pas le droit de m'arrêter au PPG et encore moins d'y dormir. J'oublie aussi mon idée de laisser Alphonse (son nom) seul avec un petit du village pendant que je commence l'implantation de la case. S'il fait la moindre connerie pendant que je ne le surveille pas, je vais me faire engueuler. Je vais donc me taper tous les allers retours avec lui. Ca avancera moins vite. Mais d'un autre côté, ça va m'apprendre à reconnaître où sont cachés les bois vicieux qui rendent si dangereuse la navigation sur la Mpassa.
Résultat : mission accomplie. Plus que prévu même. Evidemment, je n'avais pas pu préparer la mission avec Paul, spécialiste des moyens de déplacement dans le parc. J'ai posé mes questions à Nico et Romain, et j'ai prévu de faire un aller retour en 2 jours, ou au mieux, en un jour et demie. Je pensais charger 250 kg environs. Il se trouve que la pirogue prend 600 kg et même chargée ainsi permet de faire l'aller retour en un jour ! C'est sûr que dans ces conditions, ça avance plus vite que prévu. 9 jours de mission, 5 allers retours, tout le bois est passé. Il m'en manque toujours un peu, que je vais devoir acheter plus tard, mais le plus gros est fait. J'ai aussi eu le temps de commencer à relier la maison au groupe électrogène (un de ces 4, on aura peut-être l'électricité !), la porte de la réserve, et j'ai ajouté une dernière touche à la voie d'accès : planches de bois dur pour le passage et découpe des souches qui s'étaient cachées lors des premiers passages.
Le séjour s'est bien passé. Au cours de tous mes allers retours sur la Mpassa, j'ai eu le temps d'apprendre les bois. Maintenant, je me sens capable de conduire. D'ailleurs, je ne me suis pas privé pour vérifier que j'étais capable de descendre et de remonter seul du PPG. Mais la Mpassa, c'est aussi super pour ses paysages. Je ne connaissais pas le parc avant d'avoir commencé à suivre cette rivière. Et de temps en temps, une surprise : croco, varan ou même éléphants ! Celui que nous avons vu le 3 était certainement le plus gros que j'aie vu au Gabon : énorme, majestueux, splendide. Il nous marchait le long de la rive, et n'a même pas pressé le pas ou daigné tourner la tête quand nous sommes passés. La vraie classe...
Le proscrit qui me servait de chauffeur s'est également tenu à carreau. Pas de problème à signaler. Je pense qu'il avait tellement envie que je le reprenne qu'il n'a pas osé faire du grabuge. Mais je ne suis pas sûr de le réembaucher. Je me sens bizarre, quand même quand je croise des gens du PPG.
La piste et le pont
4 juillet
Ca y est, je rentre au parc. Mission : finir la piste que j'avais commencée lors de mon dernier passage, en mai, avec Vince. J'ai déjà défini le tracé il y a bien longtemps. Il ne reste plus qu'à travailler une bonne semaine pour finir le boulot.
Ca devient assez pressé. En fait, je voudrais construire une deuxième plateforme (comme celle que j'ai déjà faite à l'entrée du parc) assez au sud dans le parc. Ce sera le premier bâtiment de ce qu'on appelle le camp Mboua. Mais pour ça, il faut du bois (sans vouloir faire de mauvais jeu de mot). Le bois est déjà acheté, c'est celui qui est toujours coincé dans le village d'Ekouy (je ne sais pas si quelqu'un se souvient encore de cette étape !!). Il suffit donc de l'amener au camp Mboua. Ce serait quand même dommage de faire venir ce bois jusqu'au débarcadère pour ensuite le faire porter jusqu'à la rivière par des villageois. Je préfère d'abord finir la piste pour qu'une voiture amène le bois jusqu'à la rivière.
J'espère que c'est à peu près clair avec ce croquis. Pas si croquis que ça, d'ailleurs, puisque c'est tracé au GPS ! L'objectif, donc, est de faire une piste du débarcadère jusqu'à la savane. Pourquoi ne pas se servir de la "petite rivière" ? Parce qu'elle est trop petite pour laisser passer les gros bateaux (seuls les bateaux très légers à fond plat y arrivent). Pourquoi ne pas aller jusqu'à la Mpassa ? Parce qu'il faudrait faire un pont sur la "Rivière 2", et que un sur la "Rivière 1", c'est déjà assez de boulot. En plus, le sol est très mauvais après la savane, avec plein de racines partout. Alors on verra une autre fois.
Je pars avec trois villageois de Say, dont Alfred, le jeune que j'aime bien, et qui est chargé du "recrutement" pour mon compte. On devrait rentrer samedi ou jeudi prochain, suivant l'avancement des travaux.
9 juillet
Déjà de retour, et pas parce que j'ai fini. J'ai passé une vraie semaine pourrie. Lundi, voyage normal jusqu'au parc. Là-bas, je traverse avec Alfred, Alain et Martin, mes ouvriers. Je les laisse s'installer, et dès que j'arrive à ma case, je me rends compte que ça ne va pas aller. C'est comme s'il y avait eu un cambriolage ! Toutes les caisses ont disparu, il ne reste presque rien. En fait, Nico, pour ses missions, avait besoin du matos, donc il a tout emmené au PPG.
Je me retrouve avec ce que j'ai apporté, rien de plus ! Une chance que j'ai pensé à acheter des allumettes. C'est rare que j'en amène. Si j'avais fait comme d'hab, je me faisais une semaine sans feu. Par contre, pour le reste, je suis juste juste. Mes gars vont travailler dur. Je leur ai amené du café. Mais ils ne le boivent pas sans sucre, et pour ça, je comptais sur les provisions du parc. Pas non plus de papier WC, de lait pour mon gruau... A la limite, je ne peux m'en prendre qu'à moi, je n'avais qu'à emmener tout ça. Par contre, là où je commence à m'énerver, c'est quand je m'aperçois que mes machettes ont disparu ! Tout le stock est parti ! Comment je fais pour débroussailler pendant une semaine, moi ?? Je me décide à appeler Franceville. Et là, c'est le bouquet. Juste avant de partir, Nico m'avait dit qu'il en restait... mais non, plus d'unité dans le téléphone ! Impossible de faire pire ? Si, je me rends compte que la trousse à pharmacie n'est pas là non plus !
Dans ces conditions, c'est clair que je vais repartir à la première voiture, samedi. Je ne me suis quand même pas trop mal débrouillé. Par chance, le bateau du PPG était là. 2 machettes dedans. Une autre dans le nôtre. Ca ira pour mes trois gars, je manipulerai la tronçonneuse. Avec précautions. Il ne s'agit pas de se couper, pas le droit à l'erreur. Les gars sont motivés, ils avancent bien. La tronçonneuse tombe en panne le deuxième jour. On finit donc tout à la main (je récupère une scie égoine !). Le boulot est presque fini. Bien sûr, pas moyen de faire le pont dans ces conditions. Sans tronçonneuse, je ne peux pas couper les gros arbres durs nécessaires pour supporter nos voitures. Mais le reste est fait. Nous avons même poussé le perfectionnement jusqu'à arracher toutes les souches de la piste avec le tirfor emprunté à un pote du garagiste de Romain, à Moanda. Cet engin permet de tirer plusieurs tonnes, et donc d'arracher les souches bien enracinées.
Comme nous avions déjà fini le jeudi soir, j'ai utilisé le vendredi pour faire peindre la maison par les villageois. Une maison en bois, et surtout en okoumé, ne résiste pas très longtemps face aux attaques d'insectes, champignons et intempéries. Il faut donc le traiter. Comme les produits sont très chers, j'en ai choisi un moins cher, bien que moins esthétique : l'huile de vidange ! 2000 F les 15 litres chez le petit d'Adiss (le gars chez qui on fait notre vidange), et encore, c'est pour être gentil avec lui ! Pour l'instant, je ne leur ai pas fait faire l'avant, pour qu'on puisse éventuellement choisir une solution plus "classe" sur la façade principale.
Pendant toute cette semaine, pas la moindre nouvelle de Franceville, même si j'allume désepérément mon téléphone chaque soir, à l'heure des transmissions. Donc, là, c'est clair qu'on va rentrer. Sauf s'il n'y a pas de voiture... Suspense... Finalement, Mohamed arrive à 14h ! Il n'arrive jamais aussi tard. Mais là, un écogarde s'est pointé en retard au rendez-vous de ce matin. C'est bon, nous allons rentrer. Mais tranquillement, parce que la voiture de Mohamed, c'est pas genre dernière génération. Partis vers 14h30, arrivée vers 21h30 !
Ce soir, soirée jeux, parce que Céline ne savait plus que c'était ce soir que je rentrais. J'en profite pour engueuler Romain et Nico qui m'ont lâchement abandonné dans des conditions pas correctes dans le parc. Et je profite d'une bonne Régab bien fraiche en les regardant faire leur partie de Wanted.
12 juillet
Ce matin, j'ai fait réparer la tronçonneuse. Ce n'était pas grand chose, évidemment, je m'en doutais un peu, la tronçonneuse est neuve. Un faux contact au niveau du carbu. Mais bon, de toutes façons, je ne serais pas resté plus longtemps dans le parc.
14 juillet
Aujourd'hui, nous prenons ensemble la voiture pour rentrer dans le parc. Céline m'accompagne pour récupérer des morceaux d'okoumés... et voir enfin à quoi ressemble le parc ! Moi, je dois finir ma piste pour que le transport de bois puisse avoir lieu. Cette fois-ci, je ne prends pas de villageois. Nico, le chef monitoring rentre en même temps que nous et ne sait pas quoi faire de ses gars pendant les deux trois jours qui viennent. Je vais donc leur trouver du boulot !
15 juillet
Suite du prélèvement pour Céline, suite du pont pour Colin. Nico est parti avec la pirogue, nous devons rester de l'autre côté de la rivière le temps de finir notre boulot, jusqu'à l'arrivée de Nico. On peut alors traverser et passer la soirée au camp Ntsa.
16 juillet
Ce matin, Nico nous emmène en mission de surveillance vers les plages de Kessala. En gros, ça veut dire qu'on part tous les trois se balader en bateau le long des plages où nous avons déjà marché avec Hilaire pour voir les éléphants ! Et nous en rencontrons un, au détour d'un virage ! Bonne rencontre !
Après cela, nous faisons passer quelques planches du camp Ntsa vers le pont. Les gars de Nico sont déjà repartis en randonnée dans le parc. Je finis donc le pont seul. Ca va, il me plait, et a l'air solide.
A peine le boulot fini, Nico nous dit que le PPG risque de s'inquiéter. Martin, le logisticien du PPG a annulé son voyage. Nico devait l'attendre puis retourner avec lui au PPG. Après avoir attendu longtemps, il comprend enfin que Martin ne viendra plus. Mais si Nico ne retourne pas au PPG, ne vont-ils pas s'inquiéter ? Comme il est un peu fatigué, il redoute de faire le voyage seul (2-3 h de bateau). Nous allons donc l'accompagner. Le temps de prendre une douche et de faire les sacs, et nous sommes partis.
Ce soir, nous arrivons pour la première fois au PPG ! Première impression : ils sont drôlement mieux installés que le parc ! Une case centrale, un atelier, un dépôt d'essence, un garage, 3 maisons, un camp des travailleurs, et tout l'équipement qui vient avec : 4 quads, 3 bateaux, une radio HF, 2 téléphones sat, des panneaux solaires, deux groupes électrogènes... Y a encore du boulot pour le parc !
17 juillet
Céline rentre aujourd'hui à FCV.
Colin reste au PPG. Nico me fait découvrir la zone. Une belle balade de deux heures en quad me permet de connaître un peu plus le parc. Dire que je n'avais jamais quitté le camp de base à l'entrée du parc ! Là, je "visite" le camp des travailleurs PPG (dit "camp Bodge" !), le splateaux, le canyon blanc du PPG, les crêtes sur lesquelles Nico passe son temps à marcher...
Et dans la soirée, Paul arrive, après ses deux mois de congés en Hongrie (son pays). C'est le chef de l'anti braconnage, et on met pas mal de choses au point pour la suite des événements.
19 juillet
Aujourd'hui, nous partons enfin pour le camp Mboua. C'est pour cela que je suis resté en fait. Je dois construire une deuxième plate forme sur le même plan que la première, au camp Mboua. Alors il faudrait quand même que je sache où ça se trouve ! On prend le Mamba (notre bateau), et c'est parti !
La rivière n'est pas en très bon état, mais quand on sait où se trouvent les bois dangereux qui ne dépassent pas toujours de l'eau, ça va. Paul me les indique tous, je peux donc conduire.
Mission de reconnaissance au camp, puis de l'autre côté de la Passa, là où les quads arriveront par une future piste. Quand nous avons fini, nous décidons de pousser un peu plus loin sur la Passa vers LE canyon du parc. Superbe ! Un grand cirque d'érosion tout blanc, juste dans un méandre de la Passa. Le méandre a disparu (récemment, puisqu'il existait encore il y a six ans, quand Paul découvrait ce canyon), pour se reformer un peu plus loin. Seuls souvenirs de l'ancien méandre : des sables mouvants ! C'est la première fois que je vois ça, et ça ne me rassure pas vraiment. Mais bon, on est 2, et il suffit de faire attention où l'on met les pieds. N'empèche, le sol qui bouge, c'est une impression bizarre ! Nous grimpons jusqu'en haut du canyon, en passant en plein milieu. Un peu raide, mais le panorama vaut l'effort ! Vraiment beau. Nous redescendons juste avant la nuit, quand les lumières se font les plus belles.
Nous repartons jusqu'au camp Mboua où nous mangeons notre ravioli froid et passons la nuit.
22 juillet
Retour à FCV. Pour descendre du PPG au débarcadère, Paul me laisse aux commandes et m'indique tous les bois. Je pense qu'avec un peu d'entraînement, je serai bientôt prêt pour faire ça tout seul !
Nous retrouvons les écogardes qui partent vers le PPG et Félix. Je constate que tout le bois est bien arrivé. Lundi, sachant que le pont était fini, j'ai lancé l'opération de transport du bois par voiture du village d'Ekouyi vers le parc. Le boulot est fait, je compte les planches, et il semble même que presque tout soit là ! J'ai aussi l'occasion de voir, enfin, mon pont à l'oeuvre : nous passons dessus, et ça tient ! De toutes façons, si les quelques tonnes de bois ont pu y passer, je ne me fais plus trop de souci.
Sur la route du retour, nous passons par l'usine de mise en bouteille d'eau minérale Andza, à Léconi. Le parc y loue une chambre pour faire case de passage à Léconi. Intéressant.
Et à FCV, Céline m'a préparé des lasagnes ! C'est trop bon !
Les murs de la case, avec Vince
16 mai
Nous rentrons du parc. Tout s'est très bien passé. J'avais pris 2 villageois avec moi, dont Albert, toujours aussi efficace. Il faut absolument que je garde ce type sous la main, on va pouvoir faire plein de choses ensemble ! Les murs de la maison sont montés, malgré l'obstination des planches à essayer de se mettre tordues pour nous embêter. Les villageois ont également commencé l'opération "Autoroute" que je veux finir fin juin, après mes vacances en France. Comme je l'ai déjà souvent dit, la fin de la piste ne permet d'accéder qu'à un sentier de 569m de long. Pour décharger le matériel, ce n'est vraiment pas terrible. Je veux changer ça en rallongeant la piste. Cette semaine, pour notre travail, nous avons aussi étrenné ma nouvelle scie circulaire, et pour la faire fonctionner, le nouveau groupe électrogène. Un peu à la Mc Gyver, vu qu'il manquait un adaptateur, que le tuyau qui amène l'essence à la pompe était percé... Mais bon, on était deux ingénieurs pour régler le problème, quand même ! Côté animaux, nous avons eu pas mal de chance : déjà, très peu d'abeilles et moucherons. Et nous avons eu la chance de voir une mère éléphant traverser la rivière près du camp (de nuit), un groupe de singes près de la plate forme, un caïman dans la Mpassa ! D'habitude je ne vois rien, là, les animaux ont fait le spectacle pour Vincent. Même les touristes qui sont passés la semaine dernière n'ont rien vu alors qu'ils payaient et faisaient tout pour les voir !
Suite du Ntsa, avec les touristes
2 mai
De retour au Parc. Vu les contretemps de la mission à laquelle Céline m'avait gentiment invité, je préfère retourner au Parc pour faire un peu avancer les quelques chantiers assez urgents en cours. Je devrais rentrer samedi. Entre temps, vendredi, le parc devrait accueillir les premiers touristes de son histoire pour un test touristique : 4 personnes. C'est pour eux que Alice, la stagiaire, travaille depuis son arrivée. Elle prépare leur séjour. Quant à Hélène, la deuxième stagiaire, copine de Nico qui lui est responsable du monitoring dans le parc, elle s'occupera de guider les touristes dans le parc le temps de leur court séjour.
Le départ est un peu tardif. Félix, le chauffeur, a encore plusieurs courses à finir avant de partir. La voiture n'est malgré tout pas très pleine. J'en profite pour récupérer un peu de mon bois toujours bloqué à Ekouyi. Je retrouve Nico et Hélène au parc. Ils ont appris hier soir que j'arrivais, complètement par hasard. J'ai de la chance de ne pas m'être retrouvé seul bloqué au débarcadère ! Vive la communication au parc !
Remarque à noter pour cette journée : aujourd'hui, c'est férié ! Le premier mai est tombé sur un dimanche, donc le jour férié a été reporté à aujourd'hui. Concept intéressant, non ?
3 mai
Cette fois, je suis au parc pour ajouter une remise à la case des chefs. En gros, tout le matériel du parc est stocké dans cette case, où dorment les chefs quand ils dorment au camp de base (le camp Ntsa). On y retrouve les outils, la nourriture, le matériel scientifique, les sacs, les tentes, les livres, les moteurs... Et une tente au milieu du capharnaüm pour dormir à l'abri des moustiques. Ma mission est donc d'ajouter une dépendance à l'arrière de la case pour ranger tout ça proprement. La largeur de la case fait 4m, une tôle fait 2m de long. Allez savoir par quel miracle je me suis retrouvé à faire un grand placard de 4m x 2m !
Evidemment, je n'ai toujours pas de matériel électrique, et je suis tout seul cette fois. Je récupère donc les planches et chevrons éparpillés dans la savane, je scie à la main, je cale, je mesure, je mets à niveau. Le soir, je suis crevé, mais j'ai déjà fini la structure du grand placard.
4 mai
Poursuite des travaux. Je commence par couvrir le toit, et j'enchaîne sur les murs. Hier soir, nous avons discuté bien tard, avec Hélène et Nico. Je commence à sentir la fatigue. Et puis, de toutes façons, il faut que ce soit fini pour l'arrivée de touristes, demain à midi. Je passe donc un après midi moins acharné. Le soir, les murs ne sont pas finis. On verra demain.
C'est ce soir qu'arrivent Paul, Sandrine et les écogardes de retour du PPG. Sandrine bosse au PPG, Paul est le chef des écogardes. Bonne soirée tous ensemble.
5 mai
Fin des murs, discussions tranquilles avec Sandrine. Vers 14h, je pars chercher les touristes avec Nico et Hélène. Il semble que jusqu'à maintenant, leur séjour s'est super bien passé. Pas de problème au village où ils ont dormi le soir. Paul, Nico et moi craignions le pire. Mais tout est sous contrôle. Espérons que ça dure.
Les touristes arrivent avec Danielle, la patronne camerounaise de la 5ème dimension. Très forte pour la cuisine, elle va nous gaver jusqu'à notre retour à Franceville de ses bons petits plats (et surtout moi son aide serveur !). Ouf ! Heureusement qu'elle n'est pas là d'habitude. C'est tellement bon et copieux qu'on ne peut plus rien faire après le repas !
6 mai
Réveil tôt. Les touristes partent aux plages de Kessala. Celles d'Hilaire, où l'on peut espérer voir les éléphants. Elles sont accessibles par bateau depuis le parc. J'en profite pour me faire déposer de l'autre côté de la rivière. Là, je veux mettre au point les derniers détails pour l'ouverture de la piste que je veux faire dans très peu de temps. Je l'ai déjà dit, la voiture s'arrête à 569m de la rivière. Pas pratique du tout pour le transport des bidons d'essence, pour la nourriture.. et les planches ! Je veux rapprocher la route de la rivière.
Le tracé est à peu près clair. J'ai encore pas mal de temps devant moi. Je rouvre donc un ancien sentier qui s'était refermé et nous obligeait à prendre un détour.
L'après midi, je suis les touristes pour une de leurs randos. Avec Hilaire en guide. Toujours aussi impressionnant. On ne cherche pas les éléphants, mais ce n'est pas sa seule spécialité : il appelle une gazelle qui débarque en moins d'une minute, à 5m de nous, il communique avec un Callao géant (tour de force unique peut être en Afrique, puisque la chef de Nico, qui a tourné un peu partout n'a jamais vu faire ceci, même par les pygmées qui habitent au fond de la forêt !), répond à un Céphus (singe). Au final, nous ne voyons pas grand chose, mais la ballade est magique.
Seul problème, Hilaire se fait vieux. Il ne tient plus les longues randonnées dans le parc. Il vient de se faire opérer pour la troisième fois et ne doit pas marcher de trop. Le tourisme n'est pas encore lancé. Romain se demande encore comment exploiter au mieux les formidables connaissances d'Hilaire.
7 mai
Les touristes partent pour une dernière ballade. Nous rangeons tout pendant ce temps. Nous partons vers midi après un dernier repas. Sur la route, passage par le canyon rouge, un très beau canyon, proche de Lékoni, que j'avais déjà vu de loin, mais jamais de près. Impressionnant.
Nous arrivons avec la nuit à Franceville. Le temps de crever une fois, et nous sommes au village. Les touristes logent au Poubara (le meilleur hôtel de la ville, comme quoi on ne se fout pas de leur gueule) et mangent au New Garage. Mais Céline a déjà préparé un super repas à la maison. Moi, je ne sors plus du duplex !
13 - 21 avril
Ca y est, je suis de retour ! Plus tôt que prévu, finalement. Je suis parti le 13 au Parc avec Haidjo (un maçon) et Landry, son aide. Mission : construire une plate-forme au camp de base du Parc, le camp Ntsa. Par plate-forme, j'entends une structure très simple, qui se résume à un toit et un plancher surélevé. Un croquis du résultat ressemble à ça :
Je n'ai pas pu prendre de photo : comme Céline devait partir en mission et pouvait croiser des hippopotames, je lui avais laissé l'appareil. Je prendrais une photo la prochaine fois que je retournerai au Parc.
Les dimensions sont indiquées. La hauteur du plancher au toit est de 2,8 m à l'avant, 2,4 à l'arrière. Le toit est en tôle ondulée, le reste en bois (okoumé pour la charpente et une partie du plancher, bois dur pour la structure). C'est le type de maison que fabriquent les forestiers et qu'un pote forestier de Romain nous a conseillé de faire en nous vendant le bois nécessaire à prix d'ami.
N'étant pas tout à fait charpentier de formation, j'ai préféré me faire accompagner par un maçon-charpentier de Potos, capable de faire le boulot et de me montrer quelques astuces. En fait, vu la simplicité du plan, j'aurais aussi bien pu faire le boulot moi-même (ce que je ferai probablement pour la prochaine plate forme à construire un peu plus loin dans le parc). Par contre, nous n'avons pas utilisé de machine. Toutes les planches ont été sciées à la main, puis pointées au marteau ! Et pour tout ça, j'étais mieux avec un type aux gros bras (moi, je n'ai pas scié grand chose, mais j'ai beaucoup joué du marteau, et ça m'a largement suffi). Pour la suite, il me faut des machines ou d'autres bras !
Jusqu'à lundi, 4 écogardes étaient au camp. Ca nous faisait de la compagnie plutôt agréable. Et dimanche, Paul, leur chef, est arrivé avec 2 nouveaux quads depuis Franceville (une journée de ballade avec Martin du PPG !). Ils sont repartis lundi en mission vers le sud est. Nous sommes restés seuls. Pas de gros problème pendant le temps du chantier. Journées bien chargées (même pas de pause à midi sur requête des travailleurs. S'ils préfèrent travailler comme ça...), repas copieux le matin et le soir, courte veillée et au lit. Toute une semaine à manger des boites, des oeufs pas très frais (offerts avec gentillesse par Paul), à supporter les nuées de moucherons et d'abeilles, à cuire sous le soleil, à boire l'eau de la Passa, à se laver dans la même rivière et à transpirer. Voilà le programme.
Tout s'est passé comme sur des roulettes. Mercredi soir, le chantier était presque fini, j'appelle le PPG pour savoir si je peux rentrer avec la voiture du vendredi. Ben non, le retour a été avancé au jeudi, départ 10 h !! Il nous restait une heure trente avant la nuit, et 4 h de jour le lendemain pour finir le boulot ! Nous avons donc mis un dernier coup de bourre et fini le toit le soir même. Le lendemain matin, donc ce matin, le plancher était déjà posé, mais avec les planches entières, à couper tout le long à la bonne cote. En gros, 60 planches à couper de chaque côté. On sort la tronçonneuse, et là, pas moyen de démarrer ! On insiste on insiste, mais non, ça ne veut pas. On attaque donc à la main ! On met plus d'une heure pour finir les 60 planches (Haidjo coupe le bois dur, moi, l'okoumé). Mais il reste l'autre côté, et la voiture part dans une heure trente ! Je ressors la notice d'emploi, je cherche comment démarrer le moteur qu'on avait noyé avec tous nos essais, j'appuie sur les boutons, tire la poignée, insiste... et ça démarre ! Ouf ! 10 minutes plus tard, j'avais coupé toutes les planches du deuxième côté à moi tout seul ! On a même eu le temps de manger avant de se préparer et de partir.
A ce propos, le bateau que j'avais amené fonctionne très bien. Paul a fait les branchements avec le bon moteur, et le bateau tourne comme s'il avait toujours été là.
Nous pouvions enfin rentrer tranquillement à Franceville... eh non ! Sur la route, dernière péripétie, nous posons le land cruiser dans une zone un peu sableuse. Tentative au treuil (mais il n'y a pas vraiment d'arbre sur les plateaux !), puis dégagement complet de la voiture à la petite pelle. Une heure de boulot plus tard, nous repartions tout dégoulinants de sable et de sueur, en pestant contre la garde au sol ridicule du land cruiser. Dire qu'on était justement en train de parler de la voiture en disant que c'était la meilleure voiture de brousse... (faut avouer quand même que c'est toujours vrai...).
Juste une petite dispute à Franceville, histoire de finir en beauté. Le charpentier nous avait fixé un prix à la tâche en se basant sur un travail de un mois... réalisé en 8 jours. Romain essaye de le raisonner, je fais pareil, mais pas moyen. Un contrat, c'est un contrat (même verbal). Donc on paye plein pot. On ne travaillera plus avec Haidjo. De toutes façons, je n'avais plus vraiment besoin de lui... C'est un peu dommage quand même, il était plutôt consciencieux et agréable pour le travail.
Le bois
6 avril
Préparation du départ de Colin sur les plateaux.....Toujours encore pour acheminer du bois sur les plateaux ! But de la mission : avoir assez de bois pour pouvoir enfin commencer la construction d'une case dans le camp de base du parc. Depuis mes expéditions en camion, j'ai un stock de 100 planches et 50 lattes au parc, mais tout le reste est bloqué dans le dernier village avant le parc, Ekouyi. Il n'est pas nécessaire de tout apporter (8 tonnes), mais il faudrait au moins le nécessaire pour une case (3 tonnes). Les camions susceptibles d'arriver à destination coûtent très cher, et il est hors de question d'en envoyer un vide jusqu'au village pour lui faire porter du bois sur les derniers kilomètres. Il faudra donc faire autrement. Place aux voitures ! Le parc vient d'être doté d'un super Land Cruiser tout neuf. Mais il serait dommage d'user ce bel outil. Donc je dois louer une voiture. Pas besoin de chercher bien loin, un gardien du CIRMF à une voiture pour ce genre d'expéditions. Après quelques négociations, nous nous entendons sur le prix, raisonnable, et les modalités.
7 avril
Départ assez matinal pour les plateaux (6h). Alice, la stagiaire, est du voyage. Elle doit se rendre au parc pour discuter avec Hélène la stagiaire n°2. Le temps d'acheter du pain et de remplir un bidon de 200L d'essence pour les bateaux du parc, et nous partons, vers 7h. Evidemment, il n'y a que deux places dans la cabine, et Alice ne fera pas le voyage à l'arrière...
Nous arrivons assez tôt à Ekouyi. Sur la route, j'ai déjà fait ramasser Alfred, Alain et Martial (3 jeunes de Say) pour me donner un coup de main dans les transports. Alfred et Martial m'avaient aidé avec le camion, mais manquant de bois à transporter, je les avais renvoyés pour ne garder que 4 pénibles. Ce coup-ci, je garde les bons !
Nous chargeons le bois, et en route pour le parc. La voiture monte pas trop mal, même chargée de 600 kg de bois, 200L d'essence et 7 personnes (qui descendent quand c'est trop raide). Au parc, le villageois commencent à porter chaque planche sur le long sentier. Moi, j'accompagne la voiture pour un deuxième tour. 700 kg. Je reste au parc pour la nuit. La voiture repart. Les villageois dormiront dans la barque à l'entrée du parc. Sur le coup, ils n'apprécient pas trop. Cet après-midi, ils faisaient les fiers et disaient n'avoir aucun problème à dormir en brousse, mais je comprends que c'est leur première fois, et ils sont un peu inquiets. Je les rassure, leur explique qu'ils ont du boulot et que la voiture sera pleine de bois demain matin, et ils finissent par accepter. Moi, je traverse en bateau jusqu'au camp de base où je retrouve avec plaisir Paul (antibraconnage), Nico (monitoring), Hélène et les écogardes. Repas tous ensemble. Comme à chaque fois, après le repas, on se divise : les blancs d'un côté, les gabonais de l'autre. C'est schématique, mais les chefs ne restent pas avec les gardes. Et il se trouve que les chefs sont tous blancs. Pourquoi n'est-il pas possible de trouver un gabonais capable de faire ce genre de boulot ? Pourtant, c'est un objectif clair du parc, de réussir à trouver des gabonais capables de gérer ce bel endroit par eux-mêmes. Quoi qu'il en soit, nous finissons tranquillement notre journée en nous racontant des histoires de Gabon et de braconniers.
8 avril
Réveil assez tôt, mais traversée assez tardive. J'ai raté la voiture, qui est déjà arrivée et repartie. J'hallucine un peu, elle a apporté 1 tonne de bois ! C'était l'objectif, partir tôt le matin pour pouvoir rouler bien chargé sans trop chauffer. Les 3 jeunes ont bien dormi, ils sont en pleine forme et ont apprécié leur soirée en brousse. Tant mieux, dans ces conditions, on risque de retravailler ensemble !
Pendant qu'ils font leurs allers-retours, je me ballade avec le GPS de Céline pour préparer le travail d'aménagement de la piste d'accès à la rivière. Pour pouvoir un jour accéder à la rivière en voiture, et ne plus avoir à porter ou faire porter le bois sur 569 m.
Je m'inquiète un peu pour le retour de la voiture. Elle commence à manquer d'essence, et voilà qu'on l'attend plus longtemps que prévu. J'espère qu'elle n'a pas de panne. Finalement, elle arrive, au bout de 5h30 au lieu de 4h. Elle n'a rien. Chargée de 800 kg, elle était peut-être un peu lente à cause de la chaleur de midi. Il faudra maintenant 4h aux villageois pour tout amener à la rivière. Tant mieux, car Alice doit rentrer avec nous, et leur expédition a duré plus longtemps que prévu. Nous repartons assez tard dans l'après midi, donc très tard (22h passées) à Franceville. Mission accomplie ! Le bois est enfin au camp ! Et le plus important peut-être dans cette histoire, j'ai trouvé 3 jeunes travailleurs qui travaillent sans rechigner, et sans me fatiguer pour le salaire. Pour la peine, je les ai bien payés !
Le bateau : MAMBA 700 avec un peu de bois sur la fin (2 février - 19 mars)
2 février 2005
8 février
9 février
21 février
Moi, j'apprends aujourd'hui que Martin, le logisticien du PPG n'a pas pu trouver de camion pour emmener "mon" bateau au parc. Je décide donc de prendre les choses en main. Je trouverai ce camion.
Je commence par demander à Sosthène, le roi de l'embrouille et des plans foireux. Je rigole bien sûr. Mais c'est vrai qu'il a souvent des solutions. Et là, effectivement, il me trouve assez rapidement un camion 6x4 (un camion avec 6 roues, toutes motrices). Et pas n'importe lequel : celui du maire central de Franceville ! Le chauffeur est d'accord pour l'expédition, mais il faut demander l'accord au chef. On le verra demain matin.
22 février
Nous nous rendons tôt à la mairie, où nous passons en tout premier chez le maire. Sosthène m'a accompagné, la mairie lui doit de l'argent, il veut demander au maire où en est son affaire. En ce qui concerne le camion, le maire est ok. Prix du voyage : remettre le camion sur des roues en état. Actuellement, il n'a que 6 roues, dont 3 presque mortes. Et l'essence est pour nous également. Et si tout va bien, nous pourrons continuer les affaires, et la prochaine fois, Monsieur le Maire pourra rentrer de l'argent. Moi, ça me va. Ca fait nettement moins d'argent que le budget qu'on m'a confié. Mais ça va être du boulot.
Romain est d'accord pour ce contrat, mais il préfère attendre de montrer la route au chauffeur pour avoir confirmation que tout ira bien. Nous continuerons donc cette affaire la semaine prochaine, après un voyage au parc en fin de semaine.
Je passe le reste de la journée avec Sosthène. Je lui dois bien ça. Je l'accompagne où il a besoin de mon aide, je lui rédige ce qu'il veut, et lui fais quelques calculs.
24 février
Ca y est, je repars au parc. Pas tout à fait au parc en fait, je dois m'arrêter à Ekouyi, le dernier village avant le parc. Il reste quand même 30 km entre le village et le parc, soit au moins 1h30 de route. Mon objectif est de trouver une piste pour éviter la "montagne" après Ekouyi. Les villageois appellent ça ainsi. En fait, c'est une grosse colline, pas facile à monter en voiture, donc sûrement encore plus dure à passer en camion chargé.
Je devais partir tôt avec Alice, la stagiaire du parc, et Jérôme, le spécialiste des questions sociales au parc. Pour mieux expliquer les choses, Romain, le chef du Parc, souhaite faire un test touristique en mai, pour ensuite pouvoir intéresser d'éventuels financiers. Alice va s'occuper de la préparation de ce test, pour tout ce qui concerne l'encadrement hors du parc (transport, hébergement, activités...). Une autre stagiaire, Hélène, qui n'est pas encore arrivée, s'occupera des activités dans le parc. Quant à Jérôme, il fait des études depuis un moment déjà pour voir les impacts socio-économiques du Parc sur les villages environnants.
Finalement, on part un peu plus tard que prévu, vu que nous ratons le seul taxi du matin. Pour ne pas attendre les nombreux taxis de l'après midi, nous partons avec une voiture du parc, conduite par Félix, le nouveau chauffeur logisticien du parc. Arrivés à Lékoni (la dernière ville sur la route, après commence la piste), Jérôme, dont je fais la connaissance, se fout royalement de notre gueule et fixe un rendez-vous 3 h plus tard à la voiture qui doit nous emmener à Ekouyi. Du coup, avec Alice, on reste bloqués chez le conservateur du parc, sans savoir ce qui se passe et quand nous partirons. Le conservateur est le "patron" officiel du parc. En fait, un gars des Eaux et Forêts qui a été balancé à ce poste sans qu'il ait la moindre compétence dans ce domaine. Il est barbant et incompétent. Mais pas méchant. C'est chez lui que nous attendons Jérôme (qui vous l'avez compris, habite à Lékoni et y règle ses petites affaires) et la voiture. Quand Jérôme arrive, c'est au tour de la voiture d'avoir du retard.
Nous partons donc bien tard, avec une autre voiture, et nous n'arrivons que dans la nuit au village. Ekouyi est un peu particulier. C'est en fait un rassemblement de 2 villages : Ekouyi et Mbouma. On y trouve donc le chef d'Ekouyi, le chef de Mbouma, le chef du regroupement, et même le chef du canton (9 villages). 4 chefs au même endroit. Et pourtant, tout le monde n'est pas encore content. Parce que forcément, y a les petits chefs et les grands chefs. Nous sommes hébergés chez le chef de regroupement, qui a une super case en tôles prévue pour les visiteurs. Nous avons apportés quelques présents avec nous : pastis, tabac, sardines, poulet. Mais il semble que ce n'est pas assez pour contenter tout le monde. C'est là que je découvre que c'est super compliqué dans les villages. Finalement, Jérôme ajoute un billet de 5000F, et tout le monde se calme à peu près. Les villageois boivent leur pastis (sans même nous en proposer !) et deviennent plus gais. Pour moi, j'ai la réponse à ma question : demain matin, une équipe me montrera où se trouve une piste permettant de faire passer plus simplement un camion. Rendez vous à 5h30. Nuit horrible dans une pièce infestée de moustiques. En plus, pendant la soirée, pour nous faire plaisir, les villageois ont allumé le groupe électrogène et allumé les lumières. Sans moustiquaire, je n'ai aucune chance.
25 février
Réveil à 5h30. Je ne trouve personne. 20 minutes plus tard, le chef de canton me rejoint, il est seul, avec ses 3 chiens. Nous partons comme ça. De toutes façons, c'est lui qui avait l'air de connaître le mieux la piste. On marche 6 heures, avant de rentrer vers midi. Entre temps, nous avons été rejoints par Camille, le chasseur pas loquace, l'"homme politique" (dont j'oublie toujours le vrai nom) et Marcellin (un filou qui a dû quitter Franceville, suite à je ne sais quels problèmes, grand parleur, et sommes toutes, assez gentil). Bilan de la rando (à part que j'ai mal partout d'avoir marché dans le sable, parce que oui, les plateaux Batékés, ce ne sont que des collines de sable, un ancien désert repris par la végétation) : la piste proposée n'est pas mal, mais elle demande de passer au moins 3 jours à couper les arbustes dans une forêt pour pouvoir passer. En plus, 2 passages sont délicats, ce n'est pas sûr que ça vaille vraiment le coup. Nous verrons bien demain avec la voiture qui viendra nous chercher. En plus, le chauffeur du camion doit se joindre à l'expédition pour évaluer la route.
Je passe l'après midi tranquillement, à visiter le village, à causer avec Jérôme (qui est vraiment sympa et intéressant quand il ne fait pas de coup vache) et Alice. Ekouyi est très joli. Entouré par 3 rivières, on peut se baigner sur 3 plages. Et le village est surplombé par un petit cirque. C'est vraiment chouette.
Le soir, pour nous faire plaisir, les villageois organisent une fête. Danse, percussions, rythmes batékés. C'est bien joli, tout ça, mais moi, je tombe de fatigue. Je m'endors dans ma chaise. Je me réveille. J'écoute encore un peu, et je vais me coucher. Il est l'heure de toutes façons, et tout le monde s'arrête.
26 février
Réveil à 7 h. Tardif pour un village. Mais je suis le premier des 3 visiteurs. Nous n'avons pas le temps de faire grand chose, et déjà la voiture arrive. Ils sont partis très tôt ce matin, et ont bien roulé. Je me joint à eux pour vérifier en voiture la piste testée à pied. Confirmation des doutes. Ce sera bien compliqué, et en plus, le chauffeur du camion nous assure qu'il n'aura aucun problème à passer par la route utilisée actuellement. Pas la peine de se lancer dans des travaux de forestiers !
Arrivés au débarcadère du parc, nous embarquons 3 gars du PPG. En opposition avec la direction, ils viennent de démissionner. Au Gabon, c'est comme ça. Les gars préfèrent renoncer à un boulot bien payé que de laisser tomber leur revendication de 10% d'augmentation. Finalement, ce sont eux les perdants. Mais ce coup-là est dur quand même pour le PPG. Sur les 6 travailleurs, un avait déjà démissionné récemment. Il en reste donc 2 ! Du coup, Martin ne pourra pas se lancer dans les constructions qu'il avait prévues. Je vais donc devoir passer directement à celles du camp du parc, sans m'occuper des infrastructures communes Parc-PPG comme nous l'avions prévu. Ca ne change pas grand chose pour moi, sauf que je n'aurai pas l'aide de Martin pour commencer.
Nous rentrons. Nous arrivons à Franceville le soir. Finalement, je pourrai encore passer un peu de temps avec Céline avant qu'elle ne rentre.
28 février
Aujourd'hui commencent trois jours de réunions concernant le parc. J'assiste à la première réunion, mais je vais avoir largement de quoi faire si je veux réparer le camion que je dois utiliser en fin de semaine pour emporter le bateau. Cette première réunion me permet tout de même de découvrir de nombreux acteurs impliqués dans ce parc et que je ne connaissais pas encore.
Je passe le reste de la journée à essayer de trouver 3 pneus pour le camion (d'occasion, bien sûr, mais quand même pas trop pourris), à voir les gens des réunions et à rendre visite à Sosthène, toujours coincé. Pour lui, ça va de mieux en mieux. Les policiers le laissent maintenant passer ses journées librement... dans le commissariat. Au moins, il n'est plus en cellule. Même la nuit, on va le laisser dormir dans une petite pièce avec un matelas. C'est un sacré progrès.
1er mars
On peut passer au montage des pneus. Finalement, ça va prendre toute la journée au brave Michelin du carrefour Sogafric. Je fais encore des allers retours entre le commissariat et le reste du travail pour le parc. Lors d'un passage, j'apprends que le métier de Michelin est bien dangereux. Le type voulait gonfler un pneu. Mais la chambre à air était trop petite (ce n'est pas vraiment considéré comme un problème, par ici). Du coup, tout a explosé, des éléments en fer ont volé. Le toit de l'atelier a été déchiré directement, et notre brave travailleur s'est pris un élément en fer dans la main. On dirait que ça fait mal. Mais ça n'a pas l'air bien grave.
Et ce soir, victoire ! Les pneus sont montés, et surtout, Sosthène est autorisé à dormir hors du commissariat. Mais ses ennuis ne sont pas finis, il retourne au poste demain matin.
2 mars
3 mars
Je dépose Sosthène au commissariat, et je file m'occuper du camion. Aujourd'hui, c'est le grand jour : on charge la benne ! On commence par environ 1 m3 de bois, histoire de pas faire le voyage juste pour le bateau. Puis un matelas de pneus, et là, on va vers le Buké-Buké, le restaurant devant lequel est entreposé le bateau. Sur place, je retrouve les gars de l'entreprise de Sosthène, que je connais bien. On s'adjoint encore les services de quelques gars qui traînent dans le coin et on commence le chargement. Le bateau doit peser sa tonne, mais le camion a été sélectionné parce qu'il permet de déposer la benne au sol. Ainsi, on peut transférer sans trop de mal le bateau. Une bonne chose de faite ! Je paye une bière à tout le monde pour les remercier de l'aide.
4 mars
Ca y est ! Le grand jour ! Je vais pouvoir emmener "mon" bateau dans le parc ! Rendez-vous 5h30. Le chauffeur est un peu en retard, mais on part à 6h15, on est dans les temps. Dans la cabine trois places, le chauffeur, Mbélé (avec qui j'ai passé pas mal de temps ces derniers jours), Félix, et moi. Derrière, dans le bateau, Jean-Paul (un nouveau travailleur du Parc, en période d'essai) et l'assistant du chauffeur. On achète un peu de pain, et en route !
On passe les douanes et contrôles sans problème, et on arrive à Lékoni (la dernière ville sur la route avant la piste) en un peu plus de 2h au lieu d'1h30 en voiture. Ca va, on avance donc plutôt bien ! On attaque la piste. Pas de problème au début, mais on se rend vite compte que le chauffeur s'est un peu surestimé. Son camion et sa conduite ont toutes les peines du monde à grimper les côtes que nous devons passer. Qu'est ce que ce sera quand on arrivera à la "montagne" après Ekouyi ? On passe Say où nous prenons un villageois pour nous prêter main forte. Et là, c'est le drame. Dans une grosse montée, le chauffeur et son camion patinent. Les arbres nous gênent. Nous débroussaillons tout à la tronçonneuse. Finalement, le chauffeur commence à s'énerver. Il recule, passe sur une souche qui dépassait du sol, et traverse à travers les arbustes, sans nous laisser le temps de les couper devant lui. Après ce numéro de barbare, on s'arrête très vite, les deux pneus arrières gauches ont crevé. C'est la fin. Nous n'avons qu'une roue de secours. Le soleil tape. Il est 10h30, l'heure du début du cagnard. Nous allons mettre 5 heures à enlever une roue pour la changer par l'unique roue de secours. 5h à essayer de faire monter le camion, cm par cm, alors que le cric s'enfonce dans le sable. Le camion est chargé et penche dangereusement. A chaque bruit suspect, tout le monde s'écarte du camion pour ne pas se le prendre sur la tête. Finalement, nous parvenons à changer la roue. Nous essayons encore de monter un peu le camion pour essayer de le faire pencher un peu moins. Et là tout tombe, le cric lâche. Heureusement, ça tient. On fait donc reculer le camion et on cherche une autre piste. Maintenant, le soleil disparaît, et nous continuons sous un déluge.
Il n'est plus question d'aller jusqu'au parc. Nous nous arrêterons à Ekouyi. Sans roue de secours, on ne peut tenter notre chance. De toutes façons, je ne crois pas que le camion soit capable de monter des pentes raides. A Ekouyi, avec l'aide des villageois, nous déchargeons tout près de la maison du chef de regroupement. C'est lui qui nous héberge, comme la semaine dernière. J'achète deux caisses de bière pour remercier tout le monde.
Le temps de manger un peu (trop occupés à midi, nous n'avons encore rien mangé d'autre qu'un paquet de biscuits ce matin), de se laver à la rivière avec Félix, et je vais me coucher. Il est tôt, mais je suis crevé.
5 mars
Tôt le matin, nous rechargeons le moteur du bateau, nous démontons le boîtier de commande à distance du bateau que j'avais mis tant de temps à régler avec Sosthène et qui a été cassé pendant le trajet, nous disons au revoir et nous partons. La pluie recommence, et ne nous laisse pas. La cabine du camion est complètement morte, elle nous protège à peine des trombes d'eau qui s'abattent sur nous. Je ne parle pas de nos passagers à l'arrière, pas protégés du tout. Le vent souffle. Il fait froid, nous sommes trempés.
Sur la route, nous croisons une voiture en panne. Nous les tirons pour les aider à démarrer. En fait, tout leur pare choc et leur pare buffle se décrochent ! Désolé les gars. On continue. Mais pour "aider" la voiture, nous nous sommes engagés sur une piste secondaire. Du coup, nous ne croisons pas la voiture du PPG qui se rend au Parc. Je devais leur rendre leur téléphone satellite qu'ils m'avaient prêté, mais là, ce ne sera pas possible. Il a fallu qu'on se croise juste quand nous n'étions pas sur la route principale ! Espérons que ça ne va pas poser de problèmes diplomatiques (le PPG n'est pas trop prêteur en ce moment, alors si on ne lui rend pas son matériel...).
Nous rentrons vers Franceville. Vers 13h, c'est la panne d'essence. A Potos ! Devant la station service ! Tout juste ! Mais heureusement que nous n'avons pas pu aller jusqu'au parc, nous ne serions jamais revenus ! Et le chauffeur qui m'avait juré que l'essence que j'avais achetée suffisait largement ! Enfin bon. Je rachète pour 10000F d'essence, nous déchargeons tout ce qu'il reste chez Romain. Je paye (un peu) le chauffeur que je ne veut plus voir (c'est dommage, parce qu'à part ça, il est vachement sympa). Petit compte rendu à Romain. On verra lundi ce qu'on fera. Là, c'est le week end !
7 mars
Et le reste de la journée, je me suis lancé dans une nouvelle recherche de camion. J'ai retourné toute la ville, à la recherche de tous les camions 4x4 disponibles. Finalement, j'ai surtout le choix entre des vieux clous pas cher (j'ai déjà donné) et un camion 3 ponts, bien robuste, habitué aux transports, mais qui coûte 3 fois le prix d'un camion. Mon idée, c'est que s'il permet de charger 5 ou 6 fois plus, on reste gagnants ! J'ai donc enchaîné sur une recherche de bois pour profiter au mieux du camion cher. Dans toutes ces pérégrinations, je me suis fait accompagner par Félix, qui devra bientôt faire ce style de boulot à ma place, vu qu'il est embauché comme chauffeur-logisticien.
9 mars
Début de la journée avec une sérieuse mission diplomatique : expliquer au maire central que son camion est revenu avec deux roues explosées, et qu'il est hors de question de racheter des roues alors que note marchandise n'est pas arrivée à destination. Finalement, ça se passe bien. Le chauffeur lui avait peint un tableau assez noir de la situation, en rejetant évidemment toute la faute sur nous. Mais après avoir réexpliqué les choses, le maire accepte la situation. Je me faisais un peu de souci, mais c'est un homme assez juste et honnête pour ne pas compliquer les choses.
Puis, poursuite des préparatifs du 2nd transport : discuter avec le charpentier qui devra commencer les constructions juste après le transport, fixer des rendez-vous au chauffeur du camion qui doit d'abord voir la piste demain en voiture avant de partir en camion (dès samedi ?), trouver le matériel pour les constructions, trouver le matériel pour faire un camp assez sommaire pour les ouvriers...
10 mars
11 mars
Il ne manquait plus que ça ! Je crois que les dieux ne sont pas favorables à un transport de bateau en ce moment. Ca ne doit pas être la saison, il n'est pas assez beau ou je ne sais pas quoi d'autre. Ce qui est sûr, c'est qu'un des camions du propriétaire de celui qu'on veut louer vient de tomber dans un ravin d'une trentaine de mètres près du CIRMF. Juste devant chez nous, quoi ! Le chauffeur est miraculé, mais la cargaison est détruite. Il y en a pour une fortune, et surtout, le propriétaire a maintenant autre chose en tête que notre transport, et ses chauffeurs seront occupés à remplir des contrats plus urgents avant nous et à sortir le camion de son trou...
12 mars
Ce matin, Romain me propose de faire suivre à Félix l'avancement des préparatifs du camion. Le principal problème, c'est que Matériaux du Gabon chez qui nous allons acheter le bois ferme à midi. D'ici là, il faut absolument avoir chargé le camion, qui lui est toujours en réparation légères pour le préparer au départ. Je tente une sortie à Poubara avec Romain.
En rentrant, mauvaise nouvelle. Le camion n'est pas chargé. En fait, si ça se trouve, avec les problèmes du propriétaire en ce moment, nous n'aurons pas de camion avant des semaines. Lundi, je vais chercher de nouveaux camions.
14 mars
15 mars
Ca y est, on doit enfin partir apporter ce fameux bateau au parc. Il est entreposé au village d'Ekouyi. Nous allons donc partir au parc chargés de bois, nous déchargerons le bois, nous reviendrons au village charger le bateau et le peu de bois qui y est resté, nous repartirons au parc, le camion rentrera, et je passerai le reste de la semaine à faire transporter le bois depuis la baraque du parc à la fin de la piste jusqu'à la rivière (1 km à faire planche après planche). J'embaucherai des villageois pour l'opération. C'est important de faire participer les villages environnants aux projets du Parc. S'il n'y a jamais de retombées économiques, ils vont finir par nous faire la tête. Et ça peut être mauvais s'ils décident de bloquer la route ou de faire du grabuge dans le parc. Le planning est donc simple.
La réalisation, par contre, s'est avérée un peu plus complexe. Pour commencer, je me lève à trois heures du matin, histoire d'être prêt pour le départ à 4h. Pour tout arranger, il pleut, je dois amener Juliette chez Romain (il me la garde pendant la semaine), j'ai tous mes sacs... Je pars donc trempé et fatigué. Chez Romain, le garde est endormi, il me fait poireauter sous la pluie. De toutes façons, je vais attendre jusqu'à ce que l'heure soit plus raisonnable et que je puisse appeler Mustafa pour savoir où sont le camion et le chauffeur. Pas compliqué, il ne s'est pas réveillé !
On finit par partir. La route se passe sans encombres tant que c'est de la route ! Sur le sable, à Lékoni, on s'ensable au bout de 100 mètres. Là, il y a un problème. Après négociations téléphoniques, on doit décharger du bois. Mais nous nous apercevons que les roues du camion freinent toutes seules. Apparemment, c'est un problème d'air. On appelle donc à nouveau Franceville, et on attend 5 h un mécanicien. Il arrive, répare les fuites d'air et cherche à tester le camion. Mais il oublie d'enlever le frein à main et pète une durite ! Le temps de retrouver ça dans les chantiers de TP à Lekoni, on repart à la nuit tombante. Maintenant, ça roule, et le mécanicien est monté dans le camion, il fera le voyage avec nous. Plus rassurant. Surtout qu'il m'a confié que ce n'était pas l'air qui bloquait les roues, mais bien une erreur de manipulation du chauffeur, qui ne connaît ce camion que depuis deux semaines. Ca part mal !
On roule maintenant de nuit, et c'est la première fois que je fais le voyage sur les plateaux sans quelqu'un qui connaît la route. La nuit, pour retrouver ses repères, ce n'est pas évident. Ma boussole m'a un peu servi à me guider, pas mal à rigoler (avec les réflexions de mes compagnons de voyage, du style : "Comment on peut aller vers le sud alors qu'on va vers le Nord du Congo ?" ou encore "Comment on peut être au Nord de l'endroit du Gabon où on va alors qu'on est dans le sud du Gabon ?"). En plus, on ne comprend pas pourquoi, mais le moteur chauffe énormément, malgré la fraîcheur du soir. Un voyage très métaphysique, quoi. Après avoir affronté la terre (sable), l'air (air comprimé), l'eau (durite) on s'attaque au feu ! On consomme une quantité d'eau effrayante, et on reste à plus de 120°. Le radiateur fait un bruit d'enfer. Finalement, après nous être ensablé un peu, avoir galéré pas mal dans quelques montées raides (on a gardé les 8,5 t de bois, malgré l'interdiction de Mustafa), je sais qu'on est sur la bonne route, mais je préfère que nous nous arrêtions pour repartir demain quand on y verra clair. On s'apprête à dormir. Et c'est là qu'on voit une lumière, qu'on entend des moutons... en fait, le premier village qu'on cherchait, Say, est juste derrière le petit bosquet ! On redémarre, on fait 50 m, et on dort dans le camion, mais dans le village.
16 mars
Le matin, on rencontre le chef de village, j'embauche deux jeunes pour nous aider, même si nous avons un jour de retard, et nous repartons. Après Say, une montée me fait peur. Pas au camion. On la passe sans le moindre problème. Mais le camion chauffe toujours trop. On ouvre et on comprend tout : la courroie de la pompe à eau a cassé ! On rentre à pieds au village, sur quelques kilomètres. Là, on demande où se trouve le point le plus proche où l'on peut téléphoner. Parce que j'ai encore le téléphone satellite de la semaine dernière, mais entre temps, Romain s'en est servi, il est tout déchargé. Et le chargeur est au parc. J'ai juste un chargeur sur allume cigare, mais pas d'allume cigare dans le camion. Donc on marche encore quelques kilomètres pour arriver sur la colline d'où on capte le réseau ! Franceville nous envoie une courroie de rechange (d'ailleurs, là je l'ai jouée fine, puisque j'ai négocié pour que Mustafa nous envoie la courroie ainsi que du gasoil avec son véhicule, alors que Romain pouvait aussi nous envoyer le nouveau véhicule du parc, arrivé le jour même après 6 mois d'attente ! J'ai encore fait gagner de l'argent. Si je suis pas fort...).
On attend 6 heures. Le gasoil et la courroie arrivent. On répare rapidement. Pendant ce temps, je peux enfin recharger mon téléphone satellite dans la voiture de secours. Ca y est, nous avons surmonté les 4 éléments ! Qu'est ce qui peut encore nous arriver ? Je me rends vite compte que les 4 éléments forment une suite cyclique. Quand on a fini avec le quatrième, on recommence avec le premier ! Et c'est reparti dans le sable. La route est facile, droite, et le chauffeur s'ennuie. Alors il met une roue dans le côté, et le poids du camion nous emmène tout de travers. Cool, on a de l'occupation pour quelques heures ! On passe les dernières heures de jour à se sortir du bas côté et à tout revérifier dans le camion. A ce propos, une bonne astuce à savoir : quand vous manquez d'huile d'embrayage, vous pouvez la remplacer par de l'eau savonneuse. Il parait quand même que c'est réservé aux cas d'urgence !
On passe le deuxième village, Lewou, dans la nuit. On fait encore quelques kilomètres et suite à une autre erreur de jugement, le chauffeur s'ensable. On creuse comme on peut. Tout le monde est crevé, on fait connerie sur connerie, là il est temps de dormir. On s'installe dans le camion pour une deuxième nuit. Au fait, si vous louez un camion un jour en Afrique, essayez de trouver un camion avec une bâche, ça protège des moustiques, de la pluie, un peu du froid... Pas mal !
17 mars
Avec la lumière du jour, on se sort assez facilement du sable. Mais là, on en a tous marre que le chauffeur fasse des bêtises. Maintenant, c'est le mécano qui roulera. Arsène. Un jeune exceptionnellement doué. C'est lui qui a tout refait au fur et à mesure que ça tombait en rade. Il donne l'impression d'être installé comme dans son garage alors qu'il bricole au milieu de nulle part sur les plateaux. Et voilà qu'en plus, il conduit mieux que le chauffeur ! Il faut dire que pour chaque bouton qu'il actionne, il sait exactement ce qui va se passer dans son camion, et si c'est en état de marche !
On arrive vers 9h à Ekouyi. Dans le doute, je préfère décharger le bois, pour recharger le bateau qui était resté là . Ca nous fera recharger le bois déchargé demain ou ce soir... Mais qui sait ce qui peut arriver ?
Charger un bateau de plus d'une tonne dans un camion, à près de 2m de hauteur (1,6 m de camion + 40 cm de bois), avec des villageois qui ne font pas grand chose, ce n'est pas évident. Heureusement, j'ai négocié un palan avec Mustafa. Avec ça, on réussi à charger le bateau... quasiment à 3 ! Ce faisant, nous détruisons évidemment très consciencieusement tous les arceaux du camion, pas faits pour supporter un tel poids ! J'embauche 4 villageois pour le transfert du bois au parc. Pendant tout ce temps, Arsène bricole, bricole et bricole encore. Il refait le 6x6 à son goût, il règle l'air, il resserre les goujons des roues (sur une roue, il n'en reste que 4 sur 8, mal placés), il refixe le moteur sur son support (d'un côté, sur les trois vis de fixation, deux ont déjà sauté !)...
On repart dans l'après midi. La route ne se passe pas trop mal. Nous arrivons finalement à la montagne que je redoute tant ! Mais une fois de plus, les endroits que je crains passent sans problème ! Nous ne sommes bloqués qu'aux endroits où je n'avais pas peur ! Il faut dire aussi qu'Arsène a maintenant à sa disposition un bouton magique qu'il a réglé à son goût. Gros problème d'air avec ce bouton, donc à utiliser avec parcimonie. Mais quand il bloque le différentiel arrière, évidemment, le camion choppe une patate d'enfer et passe tous les obstacles ! Arsène le magicien.
Nous arrivons tout de même assez tard le soir. Il fait déjà nuit. Le mécanicien et le chauffeur me disent qu'ils ne veulent pas continuer la route avec un camion dans cet état. Il faudra revenir. J'appelle Romain, je cogite, je ne peux pas m'avouer vaincu. Mais je ne peux pas forcer le camion à continuer. S'il a un problème, je ne pourrai pas le justifier auprès de Mustafa. Je fais donc tout décharger, et je laisse le camion rentrer à Franceville avec les deux jeunes de Say. Je resterai avec les villageois d'Ekouyi pour transférer le bois. Nous galérons pas mal avec le bateau, mais je crois avoir sauvé sa pauvre coque ! J'avais pas mal de pneus du premier voyage, qui m'ont bien aidé. Je me suis pris le palan sur la tête. J'ai vu trente-six chandelles, mais le jeu en valait bien quelques-unes.
Je suis donc resté seul avec les villageois. Le temps de les installer dans la maison de la fin de la piste, de monter ma tente, de manger un peu, et je pouvais enfin aller à la rivière. Le premier lavage après 3 jours de sueur. Je commençais à m'écoeurer sérieusement. Bonne nuit, un peu plus confortable que dans un camion avec des mécanos et chauffeur...
18 mars
Ca y est, les chauffeurs attaquent le transfert du bois. Ca parait un peu bête, mais le bois est à l'endroit le plus loin où le camion peut aller. Il faut maintenant le ramener à la rivière pour le faire traverser un jour. J'aide un peu les villageois, mais ça fait vraiment trop mal aux épaules. Les planches font 27 kg, les lattes par deux font 23 kg. Qui reposent en un point sur l'épaule. Ce n'est même pas le poids qui gène, mais ça fait mal. Enfin... les villageois ont l'air endurci, il portent ça sans broncher. Moi, après une dizaine de voyages, je m'arrête. Après tout, je ne les paye pas pour me faire mal.
Vers 14 heures, les villageois décident d'arrêter pour aujourd'hui. Ils ont fait les 2/3, ils finiront demain. Je n'ai pas d'objection. Et c'est là qu'enfin Paul arrive. Paul est le chef des écogardes. Il vient de l'Europe de l'Est. Il a passé environ dix ans dans la forêt équatoriale, et lutte maintenant contre le braconnage au PNPB. Je l'aime bien, mais si je ne le vois pas très souvent. Et aujourd'hui, en voyant un visage familier, je l'aime encore bien plus !
Il me fait traverser au camp Ntsa, le camp de base du Parc, de l'autre côté de la rivière, où il est arrivé avec ses gardes il y a quelques minutes. C'est là qu'un jour peut-être je m'attaquerai aux constructions. Nous discutons pas mal de villageois, de parc, de PPG, de nature, de personnes... Puis nous allons manger. Le bateau, c'est pour lui que je l'ai apporté. Il a l'air d'avoir apprécié. Il partage ses 4 dernières bières avec moi (ça veut dire beaucoup par ici !!) et apporte 3 briques de vin pour le repas. Bolognaise au corned-beef avec le manioc que j'ai apporté. C'est vraiment pas mal. Je n'avais jamais compris à quoi pouvait servir le corned-beef. Là, j'ai compris. Je dors sous tente, mais sur le plancher d'une des deux cases qui ont été construites ici. Quand je dis qu'il faut des constructions, c'est sérieux, il n'y a vraiment rien ici !
19 mars
Aujourd'hui, la voiture (la nouvelle !) du parc vient chercher les gardes du parc, elle doit me ramener avec les villageois. En attendant, les villageois doivent finir leur travail. Paul et moi (avec ses gardes, bien sûr), nous amenons le bateau par une petite rivière près de la baraque de la fin de la piste jusqu'à la Passa, la vraie rivière. Ca se passe beaucoup plus vite que prévu. A 9h30, nous avons déjà fini. Les villageois finissent assez tôt eux aussi. Nous attendons alors la voiture. Elle n'arrive qu'à 13h. Je dois encore aider Paul à monter le moteur que j'avais réglé avec Sosthène. Ca devrait aller assez vite, je sais comment ça se passe. Je cours avec les câbles au bateau, pour ne pas faire attendre plus longtemps les gardes qui doivent rentrer à la maison. Je branche ce que je peux. Paul arrive avec le moteur. Les gars de Franceville (Félix et Romain) avaient le choix entre deux moteurs. Ils ont envoyé le mauvais. Fuck, fuck, fuck ! (C'est comme ça qu'il dit Paul, vu qu'il parle pas français pour les jurons). Comment casser plusieurs jours d'efforts en quelques minutes. C'est dommage. Les gardes rentrent, Paul aurait pu s'occuper du rodage du moteur, pour avoir très vite un bateau opérationnel. Et voilà que ça tombe à l'eau. Il faut maintenant voir comment envoyer le moteur au plus vite.
Je repars. Il pleut. A bientôt Paul. Sur la route, nous nous arrêtons pour que je paye les villageois (ça ne se fait pas au village). Une journée de transfert (répartie sur deux jours, à leur choix) + un chargement déchargement, ça fait 1,5 jours de travail, à 3000 F la journée (tarif de Franceville). 4500F, quoi. Je leur tends les billets de 5000, et voilà qu'ils me demandent 15000 !! C'est toujours comme ça, ici. J'appelle Romain. Il me donne l'autorisation de leur donner plus, si je ne les reprends plus jamais. Ouf ! Je n'étais plus en état de négocier ! Et ça m'arrange pas mal de ne plus jamais reprendre ces 4 gars, que personne n'aime. On a enfin une excuse pour leur dire non la prochaine fois.
Retour un peu long, avec Félix pas très habile sur les plateaux et le sable, mais sans problème. Je m'aperçois quand même qu'avec le camion, nous avons bien détruit la route !
Nous arrivons dans la nuit. Romain n'est pas là, mais je passe la soirée avec Nicolas, Alice (la stagiaire) et Hélène (la nouvelle stagiaire, copine de Nicolas) à la 5ème dimension. Un bon bossu. Je suis un peu cassé quand même. Mais je ne vois pas le temps passer, je me couche après minuit.
Les préparatifs
31 décembre 2004
11 janvier 2005
Journée voiture. Le Parc où je vais avoir de l'occupation est à plus de 5 heures de Franceville, hors des routes desservies. Pour y aller, il faut donc bien calculer son coup. Aujourd'hui, une voiture faisait l'aller retour. J'en ai profité pour découvrir rapidement les lieux. Avec pour guides deux gars terribles : Martin et Paul, j'ai compris toute l'ampleur de la tâche qui m'attendait. Tout reste à faire. Mais le Parc est beau, et ça m'intéresse. Bon la journée a été rude, avec 11 h de voiture, mais fallait bien que je découvre le Parc. A suivre...